Deux hélicoptères d’attaque Mi-24 MkIII et deux Mi-171 de transport ont décollé dimanche 9 août 2026 de la base de déploiement secondaire d’In Guezzam en direction de l’aéroport de Niamey. Le ministère algérien de la Défense nationale présente le transfert comme un don. Les appareils d’attaque ont été repeints dans un schéma de camouflage jamais vu jusqu’ici sur des Mi-24 algériens.
Le communiqué du MDN, publié dimanche, indique que le général d’armée Saïd Chanegriha, ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale et chef d’état-major de l’ANP, a ordonné le transfert « d’une hiba » – un don – au profit de l’armée nigérienne, sur instruction du président de la République et ministre de la Défense nationale. Le lot comprend quatre voilures tournantes et un ensemble d’équipements militaires.
Deux appareils désignés Mi-24V et deux Mi-171 ont rallié Niamey par leurs propres moyens depuis la 6e Région militaire. Un avion de transport des Forces aériennes algériennes a suivi avec un lot de munitions correspondant à ces hélicoptères, des pièces de rechange, du matériel de soutien et de maintenance, ainsi qu’un appui logistique.
La désignation retenue par le MDN correspond à la cellule d’origine. Les deux appareils livrés sont en réalité au standard Mi-24 MkIII, c’est-à-dire des Super Hind modernisés par l’industriel sud-africain ATE à partir de la fin des années 1990 sur des cellules Mi-24V de l’inventaire algérien.
La modernisation MkIII n’a rien de cosmétique. Le nez a été entièrement redessiné, la tourelle USPU-24 armée du YakB de 12,7 mm a cédé la place à un canon de 20 mm, l’avionique et le viseur de casque ont été refaits. C’est ce qui rend le volet munitions du communiqué intéressant : le 20 mm du MkIII n’est pas un calibre soviétique standard. Si les appareils ont conservé leur armement d’origine , Niamey ne pourra pas se réapprovisionner auprès de Moscou ni d’Ankara. Le stock viendra d’Alger, ou il ne viendra pas. La même logique vaut pour les pièces de rechange d’une chaîne sud-africaine dont l’Algérie est aujourd’hui l’un des rares utilisateurs.
Les deux MkIII ont quitté In Guezzam dans une livrée qu’aucun appareil similaire n’avait portée jusqu’ici. Les Mi-24 algériens volent en sable uniforme depuis leur redéploiement vers le Sud, une teinte adaptée au Hoggar et au Tanezrouft. Les appareils livrés dimanche ont été repeints dans un schéma vert et brun de type nord-forestier.
Ce détail dit deux choses. D’abord que l’opération se préparait depuis plusieurs semaines : sortir deux cellules de la ligne de vol, les décaper, les repeindre et les remettre en état de vol ne se décide pas dans la semaine. Ensuite, et surtout, il indique où ces appareils sont censés opérer. Pas dans le désert nigérien du Nord, mais dans la bande sahélienne végétalisée : Tillabéri, Dosso, la vallée du fleuve, éventuellement Diffa et le bassin du lac Tchad. C’est-à-dire exactement là où l’armée nigérienne subit ses pertes face à l’EIGS, et là où sa capacité d’appui aérien rapproché s’est effondrée depuis 2023. Alger n’a donc pas donné du matériel pour la parade. Le choix de la peinture est une indication opérationnelle, et il a été fait avant le vol de convoyage.

Une normalisation qui produit ses premiers effets militaires
La livraison intervient au terme d’un cycle diplomatique engagé début 2026. Les relations entre Alger et Niamey s’étaient dégradées en avril 2025, quand l’Algérie avait annoncé avoir abattu un drone malien près de Tinzaouatene et que les trois États de l’AES avaient rappelé leurs ambassadeurs. Le retour des ambassadeurs a été acté en février 2026, juste avant la visite du général d’armée Abdourahamane Tiani à Alger les 15 et 16 février. La deuxième session de la grande commission mixte s’est tenue à Niamey du 23 au 24 mars, coprésidée par le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb, avec un volet économique lourd : gazoduc transsaharien, route transsaharienne, fibre optique, centrale électrique de 40 MW.
L’Algérie a longtemps refusé de transférer du matériel offensif à ses voisins du Sud, par doctrine autant que par prudence. Le transfert d’aujourd’hui rompt avec cette ligne, et il le fait dans un pays où la Russie, la Turquie et, dans une moindre mesure, les Émirats se disputent l’accès depuis 2023. Quatre hélicoptères ne rééquilibrent rien à eux seuls. Mais ils créent une relation de maintenance et de réapprovisionnement qui, elle, dure des années, et qui donne à Alger un canal permanent vers l’état-major nigérien.
Reste la question des équipages. Le communiqué ne dit rien d’un volet formation, ni du soutien technique sur place. L’armée nigérienne dispose d’une expérience Mi-24 et Mi-17, mais pas du standard MkIII, dont l’avionique et le viseur de casque diffèrent sensiblement de la cellule russe. Il faudra surveiller la présence de personnels algériens à Niamey dans les semaines qui viennent : c’est là que se jouera la profondeur réelle de cette coopération.
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