Les Forces armées soudanaises célèbrent le 14 août le soixante-douzième anniversaire de la soudanisation de leur commandement, sous le mot d’ordre « une armée victorieuse, un peuple capable ». L’institution fête la date en ayant repris sa capitale, reconstruit son aviation autour du drone et repris l’initiative au Kordofan.
Le commandement général a dévoilé début août l’emblème du 72e anniversaire, où figurent le drapeau actuel, celui de l’indépendance et l’aigle des FAS. Le communiqué place la commémoration sous le signe de ce que l’état-major appelle « la bataille de la dignité » et met en avant des gains successifs sur plusieurs axes, la sécurisation des États déclarés libérés et le retour volontaire de déplacés. Après trois années de guerre qui ont failli emporter l’appareil d’État soudanais, l’anniversaire a cette fois une matière militaire à célébrer.
Une date de 1954, une matrice de 1925
Le 14 août 1954, le général de brigade Ahmed Mohamed Hamad al-Jaali reçoit le commandement de la Force de défense du Soudan des mains du dernier officier britannique. La date est devenue la fête de l’armée parce qu’elle marque le premier transfert d’une institution d’État à un encadrement entièrement soudanais, dix-huit mois avant l’indépendance. Les FAS font remonter leur noyau à 1925, année de création de la Sudan Defence Force à partir des bataillons soudanais de l’armée égyptienne.
L’armée de terre a précédé la marine et l’armée de l’air, constituées après 1956 avec l’appui britannique avant que Moscou et Pékin ne deviennent, dès les années 1960, les fournisseurs de référence. Le dossier extérieur est ancien. Les Soudanais se battent en Palestine en 1948, tiennent des bataillons relevés sur le canal de Suez pendant la guerre d’usure, envoient une brigade d’infanterie en Égypte en 1973, les sources égyptiennes divergeant sur la date exacte de son arrivée au front. S’y ajoutent le Congo en 1960, le Tchad en 1979, la Namibie en 1989, la Force arabe de dissuasion au Liban et la coalition au Yémen. Avant avril 2023, les classements internationaux situaient le Soudan au huitième rang africain, indicateur grossier mais qui donne l’ordre de grandeur.
Une reprise d’initiative
L’armée a repris Khartoum en 2025 et le gouvernement de Kamil Idris est rentré dans la capitale le 11 janvier 2026, après près de trois ans à Port-Soudan. El-Fasher, perdue fin octobre 2025 au terme d’un siège de dix-huit mois, reste le point noir du bilan. Sa chute a livré le Darfour aux Forces de soutien rapide et ouvert une séquence de tueries documentée par les organisations de défense des droits humains.
L’effort principal s’est depuis déplacé vers le Kordofan et l’ouest, avec des résultats. Le 27 juillet 2026, l’armée a annoncé le rétablissement du contrôle de l’axe Omdurman–El-Obeid, principale artère logistique vers le centre du pays. Début août, ses unités et celles de la Force conjointe des mouvements de lutte armée, coalition de groupes darfouris signataires de l’accord de Juba de 2020, ont repoussé deux offensives des FSR à Bir Saliba, à une trentaine de kilomètres au nord d’El-Geneina.
Le porte-parole de la Force conjointe, le commandant Moutawakkil Ali Wakil Abou-Ja, a déclaré à Al Jazeera que trente-huit véhicules de combat auraient été détruits et vingt-sept capturés au cours de la campagne. Le gouverneur du Darfour Minni Minnawi a annoncé la mort du général de division Mahdi Adam, dit « Jebel Moon », l’un des commandants de terrain les plus en vue des FSR à l’ouest. Les FSR n’ont pas confirmé cette perte. Si elle se vérifiait, elle laisserait un vide de commandement sur l’axe que l’armée présente comme le prélude à une bataille pour El-Geneina.
La mue par le drone
La transformation capacitaire, elle, se voit à l’œil nu. L’armée de l’air soudanaise, employée défensivement et avec des cellules fatiguées au début du conflit, est devenue en trois ans une force à dominante drone. L’inventaire recensé par ACLED associe des Mohajer-6 et Ababil-3 iraniens, des Bayraktar TB2 et Akinci turcs et des munitions rôdeuses YIHA-III de facture turco-pakistanaise. L’ensemble permet aux FAS de porter des frappes sur plusieurs fronts à la fois, ce dont elles étaient incapables en 2023.
Le 13 juillet 2026, un Akinci aurait intercepté et détruit au nord-ouest d’El-Obeid un CH-95 chinois opéré par les FSR, au moyen d’un missile air-air, selon Clash Report. L’engagement, s’il est confirmé, compterait parmi les premiers cas documentés de destruction d’un drone par un autre drone en Afrique. Tactiquement, il déplace la ligne d’interception loin en amont des batteries sol-air protégeant le nœud logistique d’El-Obeid, et donne à l’aviation soudanaise une mission de police du ciel qu’elle n’exerçait plus depuis longtemps.
Les chaînes d’approvisionnement se sont reconfigurées au même rythme. Après les frappes de mai 2025 sur le port et l’aéroport de Port-Soudan, une partie du flux aurait transité par des infrastructures érythréennes. ACLED note un basculement progressif de la dépendance iranienne vers la Turquie et vers un canal pakistanais facilité par Riyad. Téhéran n’a pas disparu du dossier pour autant : la FDD relevait en juin 2026 l’arrestation à Los Angeles, deux mois plus tôt, d’un intermédiaire soupçonné d’avoir monté un contrat de 70 millions de dollars portant sur des Mohajer-6 destinés au ministère soudanais de la Défense. En face, les FSR compensent la perte de leurs corridors terrestres par un recours accru aux drones, y compris des appareils commerciaux modifiés pour emporter des obus de mortier de 120 mm.
Ce que l’après-guerre exigera
Les FAS fêtent donc leurs 72 ans debout, avec un arsenal et des alliésqui ne sont plus ceux d’avril 2023, et une capitale reconquise. Ce qu’elles feront des forces qui les ont aidées à tenir se jouera après la guerre, et pèsera plus lourd que la reconquête elle-même.
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