Le département d’État américain a approuvé ce jeudi une vente militaire étrangère (FMS) portant sur des chasseurs F-35 Lightning II au profit du royaume d’Arabie saoudite.
La notification, enregistrée sous le numéro de transmission 26-69, porte sur quarante-huit appareils F-35 à décollage et atterrissage conventionnels, ainsi que quarante-neuf moteurs Pratt & Whitney F135-PW-100, dont quarante-huit installés et un de rechange, pour un coût total estimé à 24,3 milliards de dollars. U.S. Department of State
Le dossier inclut également des équipements de communication et de navigation, de la formation, des simulateurs, des logiciels, des pièces de rechange et des prestations de maintenance. Le département justifie l’opération par le renforcement de la défense du territoire saoudien, l’amélioration des capacités air-air et air-sol du royaume et son interopérabilité avec les forces américaines et régionales, en reprenant la formule d’usage selon laquelle la vente ne modifiera pas l’équilibre militaire régional. Cette dernière mention est une clause standard des notifications au Congrès, et non une évaluation opérationnelle. PressBeePressBee
Si le contrat aboutit, l’Arabie saoudite deviendrait le premier État arabe à opérer un chasseur de cinquième génération américain. Jusqu’ici, Washington a refusé d’exporter l’appareil vers le Moyen-Orient en dehors d’Israël, malgré l’intérêt saoudien et émirati. yahoo
Un dossier ouvert depuis novembre 2025
L’annonce politique précède largement la notification administrative. Donald Trump avait déclaré le 18 novembre 2025, la veille de sa rencontre avec le prince héritier Mohammed ben Salmane à la Maison Blanche, que les États-Unis vendraient des F-35 au royaume. Il est revenu sur cet engagement le 28 mars 2026 à Miami, lors du sommet Future Investment Initiative Priority, rappelant au passage la désignation du royaume comme allié majeur hors OTAN à l’automne 2025. Le dossier avait franchi une étape intermédiaire en juin, lorsque le département d’État avait transmis aux commissions compétentes du Congrès un volet portant sur quarante-huit appareils et un moteur de rechange. f 35ksa +2
La notification formelle ouvre désormais la période d’examen législatif. Le Congrès peut s’y opposer par résolution conjointe, mécanisme qui n’a jamais abouti sans veto présidentiel. Un renversement de veto exigerait une majorité des deux tiers dans les deux chambres, seuil que les sources citées par Reuters jugent hors de portée. Plusieurs élus restent néanmoins critiques envers Riyad depuis l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi. IsraJi24NEWS
La question de la supériorité qualitative israélienne
L’obstacle central reste juridique autant que politique. La section 36(h) de l’Arms Export Control Act impose au département d’État de déterminer, pour toute vente d’armes à un pays du Moyen-Orient autre qu’Israël, qu’elle n’affecte pas négativement l’avantage militaire qualitatif israélien. Interrogée en novembre dernier, la porte-parole du cabinet de Benyamin Netanyahou avait indiqué qu’Israël attendait de Washington la préservation de cet avantage. Defense Security Cooperation AgencyIsraJ
Selon des responsables américains cités par la presse israélienne, la configuration destinée à Riyad serait volontairement dégradée. Les limitations porteraient sur l’accès aux armements les plus sensibles, le royaume ne devant notamment pas recevoir le missile air-air AIM-260 d’une portée supérieure à 190 kilomètres. Israël bénéficie par ailleurs d’autorisations propres pour modifier ses appareils, intégrer ses propres systèmes d’armes et ajouter des capacités de brouillage sans validation préalable de Washington. L’écart tient aussi à l’expérience accumulée : deux escadrons israéliens en service et un troisième attendu, contre deux escadrons saoudiens dont la livraison prendrait plusieurs années. Les F-35 américains vendus à l’Arabie saoudite seront moins sophistiqués que les avions israéliens – i24NEWS +2
Le facteur chinois
Le second point de friction concerne la protection technologique. Des agences de renseignement américaines ont formulé des avertissements sur le risque de captation de technologies sensibles par la Chine, selon le New York Times. Un rapport de la Defense Intelligence Agency évoquerait la présence de personnels militaires chinois sur des bases saoudiennes, le recours à des technologies chinoises dans les infrastructures de télécommunications du royaume et une coopération sino-saoudienne dans le domaine balistique. Ces éléments n’ont pas été confirmés publiquement par le Pentagone. Business AMIsraJ
Le précédent émirati pèse sur le dossier. L’accord conclu avec Abou Dhabi dans le cadre des accords d’Abraham avait été suspendu par l’administration Biden, qui invoquait les risques d’accès chinois à la technologie du F-35 et exigeait des garanties jugées trop contraignantes par les responsables émiratis. Business AM
Une décision prise en pleine guerre régionale
Le calendrier de la notification est indissociable du conflit en cours. La guerre déclenchée le 28 février 2026 contre l’Iran se poursuit depuis plus de six mois, et le territoire saoudien a été visé par des frappes iraniennes en représailles, avec des dommages sur la raffinerie de Ras Tanura et sur l’ambassade américaine à Riyad. Une offensive houthie a repris depuis juillet, le groupe ayant déclaré un blocus du trafic maritime saoudien et pris le contrôle de positions clés sur la côte de Bab el-Mandeb, avant de lancer début septembre des missiles et des drones contre plusieurs sites du royaume. Riyad a émis mardi une alerte de sécurité à La Mecque après l’interception d’un drone, la première depuis 2017. 2026 Iran war +3
Ce contexte fournit à l’administration américaine un argument de défense territoriale difficile à contester sur le fond. Il expose aussi une contradiction. La guerre a visiblement tendu l’appareil militaire américain et entamé les stocks d’intercepteurs, alors que Trump paraît réticent à élargir un conflit impopulaire et enlisé à l’approche des élections de mi-mandat. Vendre quarante-huit appareils dont la livraison s’étalera sur la décennie ne répond pas aux besoins immédiats du royaume en défense aérienne et antimissile, que couvrent plutôt les commandes de PAC-3 MSE notifiées en janvier dernier. MS NOW
Lecture régionale
Pour les armées d’Afrique du Nord, l’intérêt du dossier est moins capacitaire que normatif. Une livraison effective déplacerait le seuil implicite de ce que Washington accepte de transférer à un partenaire arabe, avec des conséquences sur les demandes futures et sur les arbitrages internes au Congrès. Le précédent émirati montre toutefois qu’une notification approuvée ne garantit pas une livraison : entre l’autorisation de 2026 et un éventuel premier appareil livré à la Royal Saudi Air Force, les conditions de sécurité des programmes, les clauses de souveraineté et l’évolution du conflit avec l’Iran laissent plusieurs points de rupture ouverts.
MENADEFENSE All about defense from Marrakech to Bengladesh














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