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Accord sur les bases russes en Syrie

Damas a annoncé dimanche 9 août la signature d’un mémorandum d’entente avec Moscou sur le sort des deux bases russes de Syrie, la base aérienne de Hmeimim près de Lattaquié et l’installation navale de Tartous. L’accord, obtenu après environ dix-huit mois de négociations, prévoit le transfert des installations civiles à l’État syrien et la requalification des emprises militaires en « centres conjoints d’entraînement et de qualification ». Le processus doit être achevé dans un délai maximal de trois mois.

L’annonce a été faite par le département des médias et de la communication du ministère syrien des Affaires étrangères, cité par l’agence officielle SANA. Le ministre Assaad Hassan al-Chaibani s’est rendu le jour même à l’aéroport de Lattaquié et au port de Tartous pour inspecter les sites concernés. L’autorité syrienne de l’aviation civile a entamé la reprise en main de l’aéroport international de Lattaquié, dont la piste est partagée avec Hmeimim.

Ce que prévoit le texte

Selon la version communiquée par Damas, l’État syrien récupère la gestion des installations à usage civil : l’aéroport de Hmeimim et le quatrième quai commercial du port de Tartous, qui doivent être réintégrés progressivement dans l’administration civile. Les emprises militaires, elles, ne sont pas rendues : les deux parties sont convenues de « revoir leur fonction » pour les transformer en centres conjoints de formation, « dans le cadre de nouveaux accords préservant les intérêts mutuels », selon la formule reprise par SANA.

Le texte du mémorandum n’a pas été publié. Rien n’a filtré sur les effectifs russes autorisés à rester, sur le statut juridique de ces personnels, sur les appareils et bâtiments qui pourraient continuer à faire escale, ni sur le régime des immunités hérité de l’accord de 2015. Ce sont pourtant ces paramètres qui détermineront la portée réelle de l’arrangement.

Moscou n’avait toujours pas réagi officiellement à la mi-journée de lundi, ce qui laisse pour l’instant à Damas le monopole de la version des faits.

Une formule qui autorise deux lectures

L’expression « centre conjoint d’entraînement » est suffisamment large pour couvrir des situations très différentes. Dans l’hypothèse basse, il s’agit d’une coquille administrative avec une poignée d’instructeurs russes sur une emprise vidée de ses moyens opérationnels. Dans l’hypothèse haute, la Russie conserve une présence réduite mais fonctionnelle, gardant l’accès à la piste et au quai sous un habillage que peut assumer un gouvernement syrien qui a fait de la souveraineté son argument central. La différence entre les deux se joue sur des détails techniques qui ne figurent pas dans le communiqué.

La couverture médiatique reflète cette ambiguïté. Certains titres ont présenté l’accord comme la fin des avant-postes militaires russes en Syrie, d’autres ont insisté sur le caractère conjoint des futures installations, qui suppose précisément que les Russes restent. Les deux lectures s’appuient sur le même communiqué.

Pour Damas, le bénéfice immédiat est tangible : la reprise d’un aéroport international et d’un quai commercial dans un port que le gouvernement veut remettre au service de l’économie syrienne. Le message adressé à l’intérieur comme à l’extérieur est celui d’un pouvoir central qui reprend la main sur des actifs stratégiques. Pour Moscou, l’intérêt est de ne pas être expulsé.

Ce que la Russie risque de perdre

Hmeimim et Tartous étaient les seules bases militaires officielles russes hors de l’espace ex-soviétique. Tartous constituait le seul point d’appui naval permanent de la marine russe en Méditerranée, et la logistique du théâtre africain, du Sahel à la Libye, transitait largement par la côte syrienne.

Le dispositif reposait sur deux textes signés sous Bachar al-Assad : l’accord d’août 2015 sur le déploiement du groupe aérien à Hmeimim, ratifié en octobre 2016 et assorti d’immunités pour les personnels russes, et le bail de quarante-neuf ans sur Tartous conclu en janvier 2017. La chute du régime en décembre 2024 a rendu ces engagements politiquement caducs sans qu’ils soient formellement dénoncés. La présence russe s’est repliée, l’essentiel du matériel lourd a été évacué, et les deux emprises sont restées en fonctionnement au ralenti pendant toute la durée des discussions.

Le président Ahmed al-Charaa avait posé le cadre lors de sa rencontre avec Vladimir Poutine au Kremlin le 15 octobre 2025 : redéfinir la relation, obtenir la révision des accords jugés déséquilibrés, réclamer l’extradition de Bachar al-Assad réfugié en Russie. Dans un entretien récent à Al Jazeera, il a reconnu que Damas avait accepté le maintien d’un déploiement russe à Hmeimim. Le mémorandum du 9 août ressemble au produit de cet arbitrage, une solution intermédiaire qui évite à Damas la rupture avec Moscou tout en enterrant les accords de l’ère Assad.

Ce qu’il faudra vérifier d’ici novembre

Le délai de trois mois a au moins le mérite de fournir une échéance datée. Le transfert effectif de la gestion de l’aéroport de Lattaquié à l’aviation civile syrienne sera le premier test, parce qu’il est visible et difficile à simuler. Viennent ensuite l’activité du quatrième quai de Tartous et le rythme des rotations aériennes vers Hmeimim, que les vols d’Il-76 et d’An-124 rendent traçables. La publication des accords d’application censés découler du mémorandum en dira davantage que le communiqué lui-même, si elle a lieu.

Reste la question de l’extradition de Bachar al-Assad, absente du communiqué syrien. Elle demeure le principal point de friction entre les deux capitales, et rien n’indique qu’elle ait été traitée dans ce cadre.

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