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De l’importance d’ignorer les classements des armées sur Internet

rtIl y a des domaines où non seulement les classements sont impossibles, mais où sont tout aussi inutiles. Classer la « puissance » des armées en fait partie. Si en plus les données sont erronées, ce genre de classement en devient trompeur voir dangereux.

Idem pour l’analyse des bases de données d’acquisitions, comme le rapport du Sipri ou celui d’Armstrade, qui en fait ne se basent que sur les déclarations publiques et sur les rapports de presse, qui dépendent beaucoup du niveau de liberté d’expression des pays acquéreurs et de celui de leurs fournisseurs.

Dans les arsenaux saoudiens, marocains ou algériens apparaissent chaque année des équipements non répertoriés par Sipri, qui finit quand-même par classer les pays par leurs acquisitions et la valeur théorique de ces dernières et leur attribuer faussement des positions dans l’échiquier mondial des transactions sur les armes. Nous mettons d’ailleurs au défi ces sites d’apporter quelconque précision sur les systèmes Avtobaza qu’utilise l’ANP et qui ont été montrés à la télévision, ou des missiles balistiques DF 21 que la chine a livrée à l’Arabie Saoudite l’on ne sait quand et qui ont paradés récemment lors s’un défilé militaire. Etablir donc des classements avec des données incomplètes n’est pas professionnel et les médias ne devraient pas en tenir compte.

Si la démarche de SIPRI ou d’ArmsTrade est contestable, il n’en reste pas moins que ce soit des institutions fiables et de qualité, SIPRI est un des plus grands Think tanks au monde, il emploi des dizaines de chercheurs parmi les meilleurs sur la planète et fait un travail remarquable de collecte d’information, d’ailleurs ils ne sont pas à blâmer, ce sont plus ceux qui font l’interprétation de ces données qu’il faudrait pointer du doigt.

Par contre, le site Globalfirepower, défraie la chronique depuis cinq ans en établissant un pompeux classement des armées mondiales. Se basant sur un algorithme soi-disant complexe et scientifique pour définir la position exacte des armées de ce monde, ce site est devenu une référence pour les égos de certains médias du tiers monde. Car vous l’aurez remarqué, mis à part Russia Today dans sa version en langue arabe uniquement, les médias sérieux de ce monde n’ont pas remarqué l’existence de ce site. Pour preuve, le site refuse de prendre en compte les capacités nucléaires des pays. Il se base sur des données complètement aléatoires et ne tiens pas compte de la qualité des équipements alignés par les différentes armées, ni de leur âge. Par exemple, l’Egypte qui est classée cinquième dans le classement du nombre de chars lourds, avec 4 500 véhicules, ne compte en réalité que 1200 Abrams aux standards modernes. Pareil pour l’Ethiopie classée 13 eme avec 2300 chars, qui n’a pour char moderne que le T72 et encore, elle ne dispose que de 300 unités de ce modèle.

f22Aborder le comparatif des forces aériennes ne fait qu’empirer les choses, par exemple l’armée de l’air égyptienne y est classée huitième au monde avec plus de 1100 appareils, soit quasiment autant que les armées de l’air Israéliennes et Saoudiennes réunies, alors qu’en réalité, l’Egypte ne dispose que de 300 appareils modernes et que les armées de l’air Saoudiennes et Israéliennes, elles, ont chacune 500 appareils de dernière génération.

Dans un autre sous-classement se rapportant au nombre de militaires actifs, l’Algérie est bombardée à la neuvième place avec un prétendu nombre de 512 000 soldats, alors qu’en réalité l’ANP compte autant d’hommes que le Maroc, qui lui est à la 29 eme place.

Non seulement ce site se trompe sur les données utilisées pour établir un classement fantaisiste, mais il se trompe même dans l’énoncé du classement voir dans son intitulé.

Pourquoi il ne faut pas classer les armées par puissance ?

Car derrière le nom Global Fire Power, il y a la notion erronée de puissance, hors combien de fois l’histoire nous a appris que la puissance ne suffit pas toujours à se protéger ou à gagner des batailles ou des guerres. Des Thermopyles à la déconfiture des armées impériales successives en Afghanistan, l’on a eu l’occasion de vérifier les théories de Sun Tsu sur la maîtrise du terrain et des forces et non celles des chiffres.

L’on a aussi appris qu’une armée, que les médias ont classée comme étant la quatrième au monde, a été étrillée en quelques jours par une coalition.

Autre exemple d’asymétrie : Lors de l’invasion de la Finlande par l’URSS en 1939, le pays nordique devait faire face à 800 000 soldats, 3 800 avions et 3 000 tanks, avec quatre fois moins d’hommes, trente chars et une centaine d’avions. Un an après, la Russie en pleine déconfiture a été forcée de signer une paix avec son adversaire, bien moins bien classé que lui.

Plus sérieusement, pour ceux qui veulent analyser le rapport entre la puissance et la capacité à gagner des conflits, nous recommandons un excellent ouvrage publié en 2005, par Ivan Arreguin Toft, intitulé « How the weak win wars. A theory of asymmetric conflict ». En résumé il en ressort que si entre 1800 et 1950, les victoires allaient huit fois sur dix aux armées plus puissantes en nombres et en équipement, ce n’étais plus le cas à partir de 1950. De cette année à nos jours, il ressort de l’étude de Toft que les conflits sont autant, voir légèrement plus, gagnés par les acteurs défavorisés à hauteur de 52,1% contre 48.9% pour les acteurs forts.

Le monde change donc et la question de la puissance brute, n’est plus aussi déterminante qu’un siècle auparavant. La question de savoir si une armée aligne plus de tanks ou de sous-marins ne fait pas d’elle une armée forcément victorieuse.

S’il fallait qu’un classement existe, sur quoi se baserait-il ?

Petit rappel historique, depuis la première guerre du Golfe le schéma géostratégique de la guerre essaye de reproduire la matrice idéologique de la deuxième guerre mondiale. Un groupe d’états « vertueux » s’allient pour annihiler un ou des états au mieux ennemi au pire voyous. Cette alliance passe parfois par des chemins tortueux, comme l’utilisation de pays proxys, voire de mercenaires mais en résumé, il y a eu souvent alliance pour venir à bout d’une puissance moindre.

Cette asymétrie dans la force a couté la vie à plusieurs armées qui y ont fait face de manière conventionnelle. Certaines « victimes » d’alliances y ont fait face par des moyens asymétriques, se focalisant, non pas sur l’obtention d’une victoire mais, un peu comme la Finlande en 1940, arracher une fin des hostilités la moins défavorable possible. Cela est passé par un désir de faire payer cher sa peau en influant sur les budgets des pays alliés ainsi que sur leurs pertes humaines.

Ce concept qui se résume à maximiser le seuil de son armée à tolérer une attaque d’un ennemi bien supérieur, tout en y opposant une puissance de feu optimisée, est très semblable à de la résilience.

La résilience pourrait-elle être un critère de classification des états ou des armées ? c’est bien possible, car vu le contexte actuel, c’est une des meilleure façon de parvenir au but de toute armée qui est la préservation de l’Etat.

Comment dans ce cas classer les armées ? En se focalisant sur leur capacité matérielle à faire face à une coalition armée, en préservant le maximum de communication et de commandement et en gardant une capacité de nuisance suffisante pour provoquer des pertes d’argent et d’hommes à l’ennemi.

Dans la pratique, à armées avec effectif comparable, on testera leurs capacités à « résister » à une première frappe, puis à une campagne aérienne, puis à une invasion. Il est aussi possible de tester leur capacité à encaisser une infiltration massive de mercenaires.

L’exemple de l’Irak et de la Syrie est édifiant. L’Armée Arabe Syrienne s’est montrée beaucoup plus résiliente que l’armée Irakienne, même si les deux n’ont pas obtenu de victoire décisive.

Autre exemple, un pays comme le Maroc qui ne dispose pas de DAT ne pourra pas faire face efficacement à une première frappe et à une campagne aérienne, malgré une armée très moderne comparativement aux standards Africains et Arabes.

Si l’Arabie Saoudite dispose de l’une des armées les mieux équipées au monde, avec un budget dans le top 10 mondial, elle ne semble pas avoir la résilience de l’armée iranienne qui effraie malgré ses limites en équipements.

Elle effraie par sa pléthore de soldats, son expérience prouvée au combat, à la qualité de ses commandants et à sa capacité à s’adapter aux menaces qui se présentent à elle.

Nous n’avons aucunement la prétention de pouvoir établir un classement des armées. Notre proposition est que le lecteur s’amuse à revoir le classement de globalfirepower (s’il en a toujours le cœur) avec les données de résilience et de professionnalisme des soldats et leur capacité à utiliser au mieux leurs équipements sur le terrain.

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