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Yémen. Deux pilotes de F16 raccontent comment ils ont échappé à la mort

Ce n’est pas seulement une histoire de pilotes qui s’en sortent. Le récit publié par Air & Space Forces Magazine raconte surtout un détail opérationnel que Washington n’aime pas voir s’installer : au-dessus du Yémen, la menace sol-air houthie n’est plus un bruit de fond. Elle sait attendre.

Dans la nuit du 27 mars 2025, deux F-16 « Wild Weasel » de l’US Air Force, Lt. Col. William “Skate” Parks et Maj. Michael “Danger” Blea, accompagnent une frappe complexe visant des capacités liées aux missiles balistiques houthis. Dans le package, il y a notamment des B-2, et l’ensemble s’inscrit dans ce que le magazine décrit comme Operation Rough Rider, une campagne aérienne de 52 jours lancée le 15 mars 2025.

Sur le papier, la séquence se déroule comme prévu. Les F-16 sont là pour la suppression des défenses aériennes (SEAD). Ils tirent chacun un AGM-88 HARM. Les défenses semblent s’éteindre. La frappe passe. Et c’est précisément à cet instant, quand l’esprit humain commence à relâcher la pression, que l’embuscade se referme.

Le timing : la sortie, pas l’entrée

Le point clé, ce sont ces 15 à 20 secondes. C’est, d’après Parks, la fenêtre d’alerte disponible avant l’impact potentiel. Très court. Trop court pour parler d’un adversaire “aveugle”.

Le magazine décrit un “SAMbush” : les radars restent discrets, laissent entrer le raid, puis les Houthis déclenchent le tir après la frappe, pendant le désengagement. L’idée est simple et brutale : frapper l’assaillant au moment où il pense que le risque principal est derrière lui.

Ce schéma ne suppose pas une défense aérienne houthie “moderne” au sens occidental. Il suppose autre chose, plus inquiétant parce que plus accessible : une discipline de capteurs, une coordination basique mais efficace, et un mélange de moyens. Le récit cite une combinaison de SAM guidés radar, mais aussi d’observateurs visuels et de capteurs électro-optiques / infrarouges, donc des méthodes passives qui réduisent la signature détectable par les moyens de guerre électronique et d’alerte.

La scène racontée est chirurgicale. Un flash au sol. Puis la certitude immédiate : “on nous tire dessus”. Parks choisit une manœuvre de dernier recours, se tourner vers le missile pour tenter de casser sa géométrie. Il le voit passer sous son aile, assez près pour en entendre le grondement. Blea, lui, estime la distance à environ trente pieds, moins que la longueur d’un F-16.

Et l’histoire ne s’arrête pas à un tir. Pendant quinze minutes, les deux pilotes doivent gérer une séquence de défense continue : six missiles tirés contre eux, des manœuvres violentes, des contre-mesures, et ce second piège tactique qui revient dans toutes les guerres aériennes modernes : plus vous tirez de G, plus vous brûlez du carburant, et plus vous vous rapprochez de la panne sèche au mauvais endroit.

Dans le récit, l’échappatoire vient d’un réflexe de sécurité de campagne : le dispositif de contrôle et de sécurité des vols réagit, et un ravitailleur est envoyé plus près de la zone dangereuse. Les pilotes s’en sortent. Mais l’épisode documente un fait politique autant qu’aérien : même sans abattre, une défense houthie “suffisante” peut imposer une facture mentale, tactique et médiatique.

Le débat qui fâche : qui pilote la campagne

L’article n’est pas neutre sur un second sujet, plus institutionnel. Il insiste sur une architecture de commandement jugée atypique : avant l’opération, le commandant de l’US CENTCOM de l’époque, Gen. Michael “Erik” Kurilla, transfère le contrôle des opérations aériennes contre les Houthis d’Air Forces Central / CFACC vers le JSOC (Fort Bragg), alors commandé par Vice Adm. Frank “Mitch” Bradley. Le magazine parle d’un choix controversé, avec des critiques qui estiment que la campagne a pu être trop orientée “chasse aux leaders” et pas assez centrée sur les “cibles structurantes”, dont les emplacements et réseaux de défense aérienne.

Le point important, ici, n’est pas de trancher à distance. C’est de noter ce que le papier met noir sur blanc : une campagne aérienne contre un acteur hybride ne se gagne pas seulement avec de la décapitation. Et si l’adversaire progresse sur les détails — l’attente, le silence, la sortie — alors la question du pilotage doctrinal devient aussi décisive que la technologie.

Au final, ce « SAMbush » ne dit pas que le ciel yéménite est perdu pour les États-Unis. Il dit autre chose, plus précis : le théâtre n’est plus permissif. Il y a une marge d’initiative adverse, et elle se niche dans les transitions, les routines, et les secondes où l’on croit rentrer à la maison.

Il faudra rappeler que de 2015 et le début de la guerre au Yémen et aujourd’hui il y a eu 45 aéronefs qui ont été détruits dont trois F-16, un Marocain, un Bahreini et un Jordanien.

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