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Guerre des drones: une guerre d’aujourd’hui -1-

Cet article, en deux parties, parlera des différentes approches prises par les armées des pays qui  sont, ou qui ont été confrontés à une guerre de drones ces dernières années.

L’utilisation des drones n’est pas le futur de la guerre mais une actualité depuis au moins cinq ans. Les exemples sont légion comme : La guerre ouverte en Libye, et au Yémen, où les drones ont joué le rôle d’aviation du pauvre. L’utilisation des drones pour la direction du feu comme lors du bombardement de Zelenopilya en 2014, durant lequel le travail de deux drones russes Orlan-10 et de MLRS BM-21, ont conduit à la destruction presque totale d’une brigade d’infanterie mécanisée (deux bataillons de tanks détruits). La guerre de reconquête du Nagorno-Karabakh par l’Azerbaïdjan, les guerres de Syrie et d’Irak et même l’utilisation comme arme d’interdiction au sol par le Maroc dans les territoires libérés du Sahara Occidental, montrent la variété d’utilisation des avions sans pilotes et leur influence sur le champ de bataille.

Les pays et les organisations qui ont fait face à une utilisation militaire intensive de drones ont utilisé des doctrines et des méthodes parfois différentes mais toujours basées sur le cycle OODA  (Observe, Oriente, Decide, Act) et sur le triangle Prévention-Détection-Action.

Ce triangle fait appel à des compétences multidisciplinaires à chaque étape et à des moyens spécifiques.

Prévention : Mesures actives, brouillage, camouflage, détection des départs de drones, mesures de sécurité opérationnelles, sensibilisation et formation.

Détection : systèmes de détections visuels, sur tout le parcours du drone ce qui implique des moyens de renseignement, en approche avec des équipements électro-optiques ou des radars. Le but étant que la détection se fasse en dehors de l’enveloppe de tir de l’UCAV ou de la zone à protéger d’une munition rôdeuse (drone kamikaze) ou à protéger du regard des drones d’observation.

Action : Interception ou destruction du drone, par des tirs directs, par un defacement GNSS, par la rupture de sa liaison avec ses pilotes au sol. Cela peut impliquer des moyens de défense missiles anti-aériens de moyenne portée, des systèmes d’artillerie anti aérienne, des systèmes de brouillage, des armes individuelles.

Quelles sont les approches des différentes armées qui ont été confrontées à l’utilisation massive de drones ?

La Russie :

L’armée russe a subi une guerre des drones en 2007-2008 avant le conflit de Géorgie. Plusieurs drones israéliens de l’armée géorgienne avaient été abattus par l’aviation russe qui menait des vols d’interdiction au-dessus de l’espace aérien Abkhaze et Nord Ossète.

Video shows how you should attack a drone if you really want to shoot it  down - The Aviationist

Le principal enseignement retenu à l’époque par la Russie a été qu’elle ne disposait pas de moyens spécifiques pour la lutte anti-drones et qu’elle devait mobiliser des moyens considérables pour des gains marginaux.

En Syrie, l’armée russe a compris qu’un conflit de ce type était un terrain d’expérimentation et d’entrainement idéal. 200 nouveaux équipements ont été testés, parfois modifiés en temps réel grâce au retour d’expérience, 80 000 soldat russes ont effectué un tour en Syrie, l’ensemble des officiers d’état-major et des officiers généraux y ont connu le commandement. 60% des pilotes ont passé un moment là-bas.

L’occupation de la base de Hmeimim et de Lataqieh a exposé la majorité des équipements russes aux attaques d’artillerie et surtout aux drones. A partir de 2018, la base de Hmeimim a commencé à connaitre des attaques de drones kamikazes avec parfois un effet de saturation. Il en sortira une grande compréhension de la défense anti-drone et la conviction pour l’état-major russe de former l’ensemble de ses personnels à la lutte anti-drones.

Russia claims Ukraine might be involved in drone attack on Hmeymim airbase  in Syria | UNIAN

Depuis 2018, tous les exercices et toutes les manœuvres ont une partie drone et anti-drones. Dans sa formation de base, le soldat russe apprend à se comporter face à une attaque de drone et apprend à tirer avec les moyens à sa disposition sur des drones de différents types.

En parallèle, le complexe militaro-industriel russe qui un des plus grands producteurs de systèmes anti-aériens et de guerre électronique, a adapté ses équipements à cette menace et en a créé de nouveaux.

La gestion de la menace drone en termes de brouillage se fait à l’échelle stratégique, comme avec le complexe Murmansk-BN qui a une portée de 5000 Km et qui peut altérer les données des systèmes GNSS comme le GPS et le Galileo. Il peut en outre intercepter et supprimer l’ensemble des fréquences à ondes courtes dans cette bulle de 5000 Km.

Sur une échelle plus petite, le système de brouillage Krashukha est destiné à la suppression des radars sur des distances allant jusqu’à 250 Km et au brouillage des satellites GNSS et des systèmes de communications. Idem pour le Borissoglebsk 2 qui est plutôt orienté vers le brouillage de communication.

L’Avtobaza, qui a déjà fait ses preuves en interceptant plusieurs drones, dont la « Bête de Kandahar » en Iran, est spécialisé dans la suppression des ondes radars des SLR ou SLAR, des radars des missiles et surtout les radars de proximité au sol des chasseurs et bombardiers. Il détecte aussi le mouvement et les vecteurs des appareils furtifs.

Au niveau tactique, l’armée russe utilise pour ses unités le système Repellent 1, qui a fait ses preuves en Syrie et qui a une portée de 30 Km. Monté sur camion il peut protéger les unités dans cette enveloppe. Ce système a montré ses preuves contre les drones de petites tailles mais pas contre les drones performants comme le prouve la destruction d’un de ces complexes en Arménie.

Le choix des armes dans la confrontation entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan: la défense aérienne

Au niveau des petites unités la Russie utilise des équipements individuels comme le Kupol ou le Pischal qui sont facilement transportable.

Bien-évidemment, l’armée russe utilise des systèmes actifs contre les drones comme le Pantsir, le TOR M2E ou le Gibka-S. Au niveau des petites unités ou des sections, il est déployé des MANPADS comme le Verba qui remplace désormais les Igla et dont le succès a été prouvé en Arménie en abattant deux drones kamikazes Harop au-dessus de la capitale du Karabakh.

Les autres systèmes comme le Pantsir qui a connu une confrontation contre des drones armés comme le Bayraktar TB2, ont eu un succès relatif, avec une quarantaine de drones interceptés pour 12 Pantsir détruits (dont juste 2 étaient fonctionnels).

Plus récemment la Russie a été confrontée aux drones ukrainiens, parmi lesquels le Bayraktar, là aussi avec une meilleure maitrise qu’en Libye et en Syrie à cause de l’utilisation à outrance de moyens de guerre électronique.

Ukraine uses Bayraktar TB2 in anger

 

(La suite en 2 ème partie où on parlera d’autres expériences)

 

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