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L’armée algérienne face aux défis du changement climatique

armée innondationQuel rôle joue l’ANP en amont et en aval de l’environnement, strate d’un territoire qu’elle s’engage à protéger ? Accusée de laisser faire les incendiaires – voire d’être elle-même à l’origine des feux – ou de ne mettre aucun moyen dans la lutte contre les incendies de forêt qui ont ravagé pendant des années les maquis du Nord algérien, de nombreux reproches ont été faits à l’armée depuis les années 90’.
En effet, des études universitaires, y compris celles de Ouahiba Meddour-Sahar et Arezki Derridj, montrent qu’il y a eu une progression constante des feux de forêt dans les régions boisées du Nord algérien depuis le début des années 1990, avec un pic inégalé de 271 000 ha partis en fumée en 1994 et plus 2000 départs de feu cette même année.
Sachant que cette surface est plus de cinq fois supérieure à celles brûlées les cinq dernières années de la décennie 1980. Un ancien officier de la lutte antiterroriste nuance : «A cette époque, les maquis étaient infestés de terroristes.Ils étaient plus de 10 000 et occupaient presque toutes les forêts.
Ils s’en prenaient de manière extrêmement violente à tous ceux qui n’étaient pas de leur côté. Les gardes forestiers, colonne vertébrale dans le dispositif d’alerte contre les incendies, ont été contraints pour l’immense majorité d’entre eux de quitter leurs espaces de travail et de se replier vers les villes et villages.»
Le retrait des gardes forestiers et l’impossibilité pour la Protection civile d’intervenir dans des zones piégées ou infestées de terroristes a favorisé la prolifération d’incendies au milieu des années 1990. «Mais en dehors de quelques actions individuelles ou de conséquences de tirs ou de bombardement, aucun ordre n’est jamais venu de la hiérarchie de mettre le feu aux maquis, bien au contraire, les auteurs étaient réprimandés de façon implacable», poursuit notre source.
Un ancien haut gradé de l’ANP, chargé de la planification et de la stratégie, explique la façon dont l’armée approche les questions liées à l’environnement. Il cite volontiers Sun Tsu (général chinois et stratège militaire auteur de L’Art de la guerre) qui fait de l’environnement et de l’espace-temps des composantes centrales du combat. «La relation entre le militaire et l’environnement est à appréhender sous l’angle de l’exploitation tactique et opérationnelle. L’environnement est, dans la tradition militaire, une arme, un objet et un espace à atteindre, et enfin une source de conflits.» Les experts de l’environnement décomposent l’impact de l’armée en deux parties : l’amont, étant donné ce qu’engendre l’activité même d’une armée en temps de paix, et en second lieu ses capacités d’intervention pour résoudre les crises liées à l’environnement.
Cartographie
De l’avis de Hamid Belkessam, expert en environnement, «l’armée ne fait pas partie des secteurs pollueurs comme l’est le BTPH par exemple». Elle influe plutôt positivement par son rôle social et ses capacités de mobilisation. «L’armée a, par exemple, équipé ses troupes médicales de trousses de secours dans la steppe et de kits solaires et éoliens dans le désert pour pouvoir disposer de moyens complets d’intervention.
Mieux, beaucoup de nomades ont reçu de la part de l’armée ce genre de kits afin d’améliorer leur vie et leur permettre de puiser de l’eau grâce aux motopompes électriques», explique l’expert. Aussi, l’armée a entrepris de s’équiper à large échelle en termes d’éolien et de solaire pour alimenter les troupes en rase campagne ou les postes avancés dans le désert en énergie. Il note tout de même que si les polygones de tir et de manœuvre ne représentent pas de dangers pour la nappe phréatique ou le réseau aquifère oasien, «il serait tout de même plus judicieux que l’armée travaille avec le Haut-commissariat au développement de la steppe et l’Office des forêts afin de peaufiner la cartographie de ces zones qui se trouvent toujours en dehors des agglomérations urbaines».
Dans la mesure où l’Algérie n’utilise pas d’armes NBC (nucléaire, biologique ou chimique), l’utilisation de munitions a un impact marginal sur le terrain. Hamid Belkessam raconte à ce sujet une anecdote édifiante qui remonte aux années 1990, quand un berger a retrouvé des missiles non explosés quelque part aux abords de polygones de Hassi Bahbah et les a rapportés à dos de baudet à la base aérienne de Laghouat, ce qui n’a pas manqué de surprendre les gardes en faction. Un article de la revue El Djeich datant de 2007, dévoilait déjà à cette époque les objectifs de l’état-major : réduire la consommation énergétique de 30% et installer jusqu’à 1000 systèmes à énergie propre, solaires ou éoliens à travers le territoire.
Économie verte
A cette date, ce chiffre était pratiquement atteint, en particulier par la Gendarmerie nationale qui avait converti beaucoup de ses infrastructures et dispose de 200 officiers «énergie» formés à l’installation des kits d’énergies renouvelables. En aval, l’ANP a longtemps pallié l’absence de planification et d’anticipations des catastrophes naturelles dont fait régulièrement les frais l’Algérie. Deux points essentiels, selon Hamid Belkessam, l’Algérie étant signataire de la convention de Hambourg pour la lutte contre la pollution marine. Chacune des trois façades maritimes organise donc, au moins une fois par an, un exercice de sauvetage et de lutte contre la pollution marine de type POLMAR (ThalBahr en Algérie), pendant lesquels les forces navales et aériennes déploient les gros moyens. Sur un second plan, l’armée de terre a créé un régiment spécialisé relevant du génie militaire et qui est formé pour adresser directement les situations de catastrophes naturelles et qui a, en peu de temps, réussi de nombreuses interventions et à porter secours à des milliers de civils.
Le Régiment Polyvalent du Génie, dont la création remonte à 2008, a pour mission la reconnaissance des régions sinistrées, le déploiement des engins du génie, de ponts pour le franchissement, la recherche et le sauvetage, d’assurer la potabilité de l’eau, la lutte contre les incendies, l’assistance médicale, les premiers soins, l’évacuation sanitaire et la lutte contre la propagation des épidémies dans les zones sinistrées, la régulation de la circulation routière, l’approvisionnement et le soutien multiforme ainsi que la protection des personnels civils et militaires sur les lieux des possibles sinistres.
Ce régiment est déjà intervenu pour désenclaver des villages bloqués par la neige en montagne, ou pour secourir des citoyens victimes d’inondations. On les a vus en Kabylie, à Batna, ou à Sidi Bel Abbès. Ils ont à leur palmarès l’évacuation de 120 personnes encerclées par les eaux en une seule rotation avec des canoës pneumatiques ou l’installation de deux ponts mobiles pour remplacer des ponts effondrés par des crues d’un oued.
Ils ont la capacité d’ouvrir jusqu’à 120 km de pistes/j ou l’hébergement de 10 000 sinistrés et l’approvisionnement en vivres de 30 000 autres par jour, approvisionner jusqu’à 80 000 personnes en eau potable ou soigner 3000 blessés par jour. Reste que l’ANP a encore beaucoup de chemin à faire pour réduire son empreinte sur l’environnement algérien, des décisions stratégiques devront immanquablement êtres prises afin de transformer l’armée en un moteur de croissance pour l’économie verte par l’ouverture au privé et au tissu national de PME-PMI.
Akram Kharief
In EL Watan Weekend http://elwatan.com/hebdo/environnement/l-armee-algerienne-face-aux-defis-du-changement-climatique-04-12-2015-309114_158.php

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