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Célébrer l’ANZAC Day en souvenir des Algériens morts pour rien

Faut-il célébrer les algériens morts pour la France pendant les trois conflits mondiaux où ils ont été engagés ? Faut-il rappeler leurs faits d’armes ou bien considérer qu’ayant servi la France, ils étaient forcement traitres ?

Les algériens engagés ou enrôlés l’ont été souvent de force dans les campagnes coloniales françaises, ils n’avaient jamais le choix et les enrôlements massifs avaient donné lieu à des rébellions de tribus lors de la guerre franco-prussienne et le premier conflit mondial.

Début 1915, l’armée française s’enlise sur son territoire et perd des centaines de milliers de soldats. En janvier de la même année sur demande de la Russie, le plan élaboré par Winston Churchill en novembre 1914, qui prévoyait un passage en force et une prise du détroit des Dardanelles, est mis en branle.

Churchill qui était Premier Lord de l’Amirauté, a conçu un plan osé mais pouvant potentiellement changer le cours de la guerre.

Une attaque devait permettre l’ouverture des détroits menant à la Mer Noire. La Russie pourrait ainsi être directement ravitaillée par ses alliés occidentaux, tandis que l’Empire ottoman, allié de l’Allemagne, serait amené à se retirer du combat. A rappeler que L’empire Ottoman avait formellement rejoint le camp allemand le 2 novembre 1914 après l’ « aventure » des croiseurs de la Kaiserich marine Breslau et Goeben, devenus les croiseurs Ottomans Sultan Yawaz Selim et Medilli après une course poursuite avec la marine britannique les menant du large de l’Algérie à Istanbul. En décembre 1914, la Grande Bretagne prend officiellement le protectorat de l’Egypte, L’Empire Ottoman est en guerre totale contre la triple-entente.

Le début de la première guerre mondiale a été un cataclysme pour l’armée britannique qui était composée de militaires professionnels dont la plupart ont péri lors des premiers déploiements en France.

En 1915 pour intervenir en Méditerranée, les Britanniques font donc appel aux forces de leur empire, et ce sont des troupes australiennes et néo-zélandaises (AN ZAC) qui sont mobilisées pour l’occasion, les Canadiens ont été versés aux effectifs soutenant les fronts européens.

Début 1915 la France rejoint l’effort de guerre britannique en Méditerranée et constituent une force expéditionnaire dédiée à cette opération. L’Armée d’Afrique est rapidement constituée pour être envoyée au combat, son épine dorsale étant constituée de conscrits algériens et tunisiens enrôlés de force qui seront amenés à intervenir sans se douter de l’enfer dans lequel on les engage.

 

80 000 militaires français d’Afrique comme on les a appelé  connurent la dureté de ce front sans répit, où beaucoup ne passèrent que quelques jours, voire quelques heures.

 

Le 22 avril 1915, quatre jours avant le début de la bataille des Dardanelles, le 6e régiment de tirailleurs algériens, composé à 90% de « musulmans », qui est déployé dans le secteur d’Ypres (Canal d’Yperlee en Belgique), reçois les premiers obus chimiques allemands (Dichlorine ou Yperite). Ils feront partie des premiers soldats morts gazés dans l’histoire de la guerre moderne.

Gefangene Araber aus Algier
N.V.E. 1134

Retour aux Dardanelles.

 

Le 27 avril 1915, les « Africains » sont débarqué au soir à Sedd Ul Bahr, ils ont pour objectif de nettoyer le terrain et établir une tête de pont. Ils se heurtent le lendemain aux défenses turques féroces. Les Ottomans bombardent à partir de la rive asiatique, les forces Australiennes et françaises battent en retraite vers la plage. Plus de 100 000 hommes, sont bloqués dans une nasse de quelques dizaines de kilomètres carrés et doivent creuser des tranchées et des abris.

Des centaines de soldats, Anzac et français resteront bloqués avec très peu de ravitaillement, un manque d’eau et des épidémies de paludisme et de dysenterie, jusqu’à leur évacuation le 4 mai 1915 sur Salonique en Grèce.

Pendant la première guerre mondiale 175 000 algériens, 60 000 tunisiens et 37 000 marocains ont combattu du Caucase à l’Atlantique. 28 000 algériens ont perdu la vie, des dizaines de milliers d’autres reviendront totalement brisés.

 

En Algérie, la première guerre mondiale a eu un effet galvanisant sur la population. Voir la France sur le point de s’écrouler combiné à l’enrôlement obligatoire des hommes pousse à la révolte. Les Beni Chougrane dans la région de Mascara et les Belezma dans les Aurès prennent les armes en 1914 et 1916 et faudra des années aux autorités coloniales des années pour « pacifier » l’Algérie. Une des plus belles réponses du peuple algérien a été une œuvre collective, trilingue, s’attaquant directement au moral des français. Cette chanson « Ode à Hadj Guillaume » ou « Kif Naamellou » s’est faite entendre dès 1914 et s’est répandu partout en Algérie et même parmi les combattants musulmans sur le front. Cette chanson scellait symboliquement l’alliance entre le peuple algérien et l’Allemagne contre la triple-entente et donc contre la France. Kif Naamellou consacre Guillaume 2 de Bavière en lui attribuant le statut de Hadj et donc symboliquement celui de défenseur des musulmans.

La chanson qui dresse un portrait exacte de la géopolitique de l’époque, marque le passage à l’ère moderne en indiquant que contrairement à la guerre de 1870, celle-ci voyait l’apparition de l’aéroplane dans les airs et du sous-marin dans les mers. Elle rappelle la cruauté de la conscription obligatoire, la complainte des mères abandonnées par leurs fils et le jeune âge des conscrits : « Ils ont pris la classe qui avait 18 ans, ce ne sont pas des hommes ce sont des enfants, Ils les ont pris aux Dardanelles, et ont laissé les demoiselles » ouvre le quatrain avant de basculer sur le refrain disant comment faire pour que l’étoile du Hadj Guillaume grimpe ?

Le décor est planté, s’en suivra le récit détaillé de l’odyssée du narrateur, le train jusqu’aux portes d’Alger, le paquebot Duc d’Aumale à la marina d’Alger, direction la France puis Gallipoli dans une mer déchainée. Bottes, cloutées, barda, gamelles, clairons, tambours, promiscuité et caporaux braillards meublent la traversée. Arrivés sur le champ de bataille ils découvrent l’horreur de la guerre, blessés et morts et l’ampleur de la mobilisation. Mais les algériens serrent les dents en se disant que la France, qui a transformée les mosquées en églises en Algérie, allait peut-être tomber. La chanson se termine sur une prophétie « O français que crois-tu ? L’Algérie n’est pas tienne, l’Allemagne s’occupera de toi et on la récupérera. ».

A aucun moment cette chanson, chantée partout, dans les villes et les villages, jusqu’aux campements de nomades du Sahara, n’a porté de jugement négatif sur les algériens partis se battre et mourir sous la contrainte.

 

Sources

https://journals.openedition.org/cdlm/5498

https://books.openedition.org/pressesinalco/20470?lang=en

http://www.cdha.fr/larmee-dafrique-sur-le-front-dorient-une-campagne-oubliee-1915-1918

https://www.cairn.info/revue-plein-droit-2003-1-page-3.htm#

 

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