Le consortium russe United Aircraft Corporation (UAC) a officiellement présenté le Su-57D, toute première version biplace du chasseur furtif de cinquième génération Sukhoi Su-57. Cette nouvelle déclinaison marque une évolution majeure du programme Su-57 et révèle les ambitions russes en matière de combat collaboratif homme-machine, de commandement aérien avancé et de formation de nouvelle génération.
Le 19 mai 2026, l’appareil a effectué son vol inaugural au-dessus de l’Institut de recherche en vol Gromov, près de Moscou. Aux commandes se trouvait le pilote d’essai légendaire Sergei Bogdan. Selon les premières informations diffusées par UAC, le vol aurait duré environ quarante minutes et l’ensemble des paramètres de mission auraient été validés sans anomalie.
Une cellule historique ressuscitée

Le Su-57D est une modification majeure opérée sur une cellule particulièrement célèbre du programme T-50 : le prototype T-50-5R, également connu sous le nom de 055 Bleu.
À l’origine, l’appareil vola pour la première fois le 28 octobre 2013 sous la désignation T-50-5, devenant ainsi le cinquième prototype volant du programme PAK FA. Mais le 10 juin 2014, lors d’un vol d’essai à l’aérodrome de Joukovski, l’avion fut gravement endommagé à la suite d’un incendie moteur survenu pendant l’atterrissage.
Alors que beaucoup pensaient l’appareil perdu, Sukhoi décida finalement de reconstruire entièrement la cellule. Les ingénieurs réutilisèrent les éléments encore exploitables du T-50-5 et les combinèrent avec des composants provenant du prototype inachevé T-50-6.
C’est cette reconstruction qui donna naissance à la désignation T-50-5R. Le « R » signifiant Remontirovanny ou Restored — littéralement « reconstruit » ou « restauré ».
Lors de sa reconstruction, le T-50-5R ne fut pas simplement remis en état : il fut profondément modernisé vers les standards dits Phase 2 du programme Su-57. Il fut notamment utilisé pour tester plusieurs équipements de nouvelle génération :
- Le système électro-optique 101KS Atoll ;
- La suite de guerre électronique L402 Himalaya ;
- Différents capteurs avancés destinés à la fusion de données et à la guerre en réseau.
Une transformation profonde du Su-57

Cette version biplace a nécessité d’importantes modifications structurelles et avioniques afin d’intégrer un second membre d’équipage sans compromettre les performances furtives ni les qualités aérodynamiques du chasseur.
UAC a retenu une configuration en tandem classique, avec un cockpit arrière nettement surélevé, identique à celui utilisé sur la série Su-27UB/30. Cette architecture permet à l’officier systèmes d’armes (WSO) de bénéficier d’une excellente visibilité vers l’avant, particulièrement utile lors des phases de combat dynamique ou d’atterrissage en double commande pour la formation des pilotes.

Cette approche diffère sensiblement de celle adoptée par la Chine sur le Chengdu J-20S biplace, dont les deux membres d’équipage semblent installés sur un plan plus horizontal, ce qui réduit la visibilité radar sur le secteur frontal.
Ces deux appareils sont les seuls biplaces de 5e génération en service dans le monde.
Le Su-57D conserve les moteurs AL-41F1 déjà employés sur les premiers Su-57 de série. Ces réacteurs à poussée vectorielle offrent toujours au chasseur sa manœuvrabilité extrême caractéristique, notamment dans le domaine du combat rapproché et des évolutions à forte incidence.
Un poste arrière pensé pour la guerre en réseau

L’apparition du Su-57D ne répond pas uniquement à un besoin de formation avancée. Derrière cette version biplace se cache surtout une nouvelle doctrine de combat aérien russe.
Le second membre d’équipage est destiné à jouer un rôle central dans la gestion des opérations de combat collaboratif, notamment avec le drone furtif lourd Sukhoi S-70 Okhotnik-B, les futurs drones de combat basés sur la cellule du Su-75, ainsi que l’utilisation de munitions stratégiques telles que les missiles Kh-47M2 Kinjal.

Dans ce concept, le pilote principal reste concentré sur le pilotage, la survie de l’appareil et l’engagement air-air, tandis que l’opérateur arrière coordonne les drones accompagnateurs, analyse les données tactiques, désigne les cibles et supervise les frappes en réseau.
Le Su-57D devient ainsi un véritable centre de commandement aérien tactique capable de contrôler plusieurs drones de combat simultanément. Cette philosophie rapproche l’appareil des concepts occidentaux de manned-unmanned teaming (MUM-T), aujourd’hui au cœur des doctrines aériennes modernes, représentant de véritables multiplicateurs de force capables de saturer les défenses aériennes adverses.
Une plateforme de formation de nouvelle génération

Le Su-57D jouera également un rôle majeur dans la transition des pilotes vers la cinquième génération.
La Russie ne disposait jusqu’ici que d’un Su-57 exclusivement monoplace, ce qui compliquait la formation avancée des pilotes destinés à maîtriser un appareil extrêmement complexe.
Le biplace permettra désormais une formation plus rapide et plus sécurisée, comparable à ce que représentent depuis des décennies les variantes UB et UTI dans les familles MiG et Sukhoi. Pour le moment, ce rôle est assuré par les Su-30SM/MKI.
Un appareil à fort potentiel export ?
Au-delà des besoins russes, le Su-57D possèderait également une forte dimension export. Plusieurs observateurs considèrent que cette version pourrait séduire des clients étrangers intéressés par un chasseur furtif capable d’assurer à la fois la supériorité aérienne, le commandement de drones, des frappes stratégiques ainsi que la formation opérationnelle avancée.
SID AHMED FULCRUM
MENADEFENSE All about defense from Marrakech to Bengladesh













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