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2007-2017 une décennie noire pour l’armée de l’air algérienne

Le crash d’hélicoptère qui a eu lieu le 13 juin dernier à Méchria dans la Wilaya de Nâama n’a pas encore livré ses secrets que des voix s’élèvent dans la presse et dans les réseaux sociaux réclamant des éclaircissements ou commentant copieusement sur l’état dans lequel se trouvent les forces aériennes algériennes. Surtout que la cicatrice du crash précédent qui date de moins d’un mois reste ouverte. En 2014 lors d’une précédente « épidémie » d’accidents aériens qui avaient traumatisé l’opinion publique algérienne, le Ministère de la Défense Nationale avait émis un communiqué laconique que nous reprenons là, car nous savons que c’est la réponse que ressortiront les autorités concernées.

En gros « circulez il n’y a rien à voir » et pourtant, il y a moyen, à partir des données disponibles dans la presse de répondre à quelques questions légitimes.

Très rapidement nous allons essayer de décortiquer ce qui s’est passé ces dix dernières années en matière d’accidents aériens militaires en Algérie.

Pour commencer, entre 2007 et aujourd’hui il y a eu 19 accidents aériens impliquant des appareils militaires algériens, en Algérie ou à l’étranger. Leur gravité va de l’atterrissage dur avec dégâts importants à la destruction totale de l’appareil. Ces 19 accidents ont impliqué 21 appareils, car par deux fois, en 2008 et en 2012 ils ont été le fait d’un télescopage dans le ciel entre deux avions.

En 2008 un avion d’entraînement avancé L39 avait percuté un avion d’apprentissage Zlin au dessus de la piste de l’académie de l’air de Tafraoui. En 2012 non loin de Tlemcen, ce sont deux Mig 29 en exercice qui se sont télescopés à cause d’une erreur de guidage radar à partir du sol.

En dix ans, 115 personnes ont perdu la vie dans des accidents aériens militaires, ce chiffre est important car il inclus celui des 77 victimes du crash du Hercule C130 d’Oum El Bouaghi en 2014.

Il y a eu 7 crash d’hélicoptères (dont 1 de formation), 3 crash d’avions de transport, 3 crash d’avions d’entraînement et 8 chasseurs/bombardiers.

Le Mig 29 est de loin l’appareil qui a connu le plus d’accidents, 6 ces dix dernières années, 10 en tout depuis sa réception à la fin des années 90 par l’armée de l’air algérienne. Officiellement l’Algérie disposait de 47 appareils au départ. Ce qui fait un taux d’attrition (ne comprenant pas les appareils réformés) de 21%.

Il faut rappeler les conditions d’achat à l’époque des Mig 29 qui étaient de seconde main mais ayant fait partie de l’aviation frontale du Pacte de Varsovie, donc aux standards soviétiques les plus modernes. Il faut aussi rappeler que l’Algérie avait été la première à introduire un appareil de 4 éme génération dans la région.

Beaucoup sur les réseaux sociaux ont émis l’idée que l’origine russe des avions de l’armée de l’air algérienne était la principale cause de la multiplication des crash. Statistiquement, 76% des avions impliqués dans des accidents sont Russes/Soviétiques, ou proviennent d’Europe de l’Est (Zlin, L39), seuls 24% des avions qui se sont crashés sont d’origine occidentale.

Le problème est que prises comme elles sont, ces statistiques sont biaisées, pour deux raisons :

d’abord le pourcentage retombe à 50% si l’on retire les Mig29 qui dataient pour la plupart de 1987-1988. En suite, à cause de la prédominance des appareils Russes/Soviétiques dans le parc aérien de l’armée de l’air.

Concernant la cause des crash, même si les résultats des enquêtes ne sont jamais publiées, il est possible de les déduire et d’en tirer des enseignements. Selon nos statistiques 40% des accidents qui ont eu lieu ces dix dernières années, ont été le fait d’erreurs humaines. Le facteur humain n’est pas obligatoirement lié à l’équipage. Une erreur de guidage au sol, un mauvais arrimage d’une cargaison pour les avions de fret, peuvent causer un accident. Au moins un crash a été causé par une erreur humaine mais aggravé par les conditions météorologiques.

Des condition météo qui peuvent provoquer des accidents comme ce fut le cas pour l’équipage du L39 qui s’est crashé dans les environs de Sidi Belabbès en janvier 2010.

Dans le cas du crash de l’avion de transport de l’armée algérienne Casa, qui revenait avec lot de papier monnaie d’Allemagne, c’est aussi le givre (donc la météo) combiné avec une panne de détecteur qui ont été mis en cause.

Les pannes techniques et les problèmes de maintenance ont causé 35% des accidents. Elles concernent essentiellement les accidents de 4 Mig 29 et d’hélicoptères.

La cause des deux derniers crash d’hélicoptères n’est pas encore connue, même si, pour le cas du Merlin il pourrait s’agir d’une erreur de pilotage (câbles électriques invisibles aux jumelles infrarouges) ou d’une erreur de calage altimétrique. L’accident d’hier est d’origine inconnue.

On notera que 74% des crash ont eu lieu de jour. Oran reste le lieu où il y a eu le plus ‘accidents ces dix dernières années, à cause de la présence de l’escadron de Mig29 et de l’académie de l’air.

L’année la plus meurtrière a été aussi celle qui a connu le plus d’accidents a été 2014, qui débuta avec le crash du C130 à Oum el Bouaghi.

Quelles conclusions peut-on tirer de manière sommaire ?

  • La nécessité de retrait des appareils arrivant en fin de vie comme le Mig 29, le Mig 25 et le Mi 2.
  • La nécessité d’augmenter le volume horaire des entraînements et de revoir le système de gestion des carrières des équipages et des techniciens.
  • Intensifier les formations en IFR.
  • Intensifier les formations inter-escadrons et inter-armes.
  • Confronter les pilotes et appareils algériens aux forces aériennes étrangères dans des simulations de combat.
  • Favoriser les échanges avec les forces armées étrangères et chasse au Retex de combat d’autres armées.
  • Mise en place de systèmes de contrôle de qualité décentralisés de la hiérarchie directe.
  • Mise à jour du système de commande d’équipements.
  • Responsabilisation des autres commandements de forces en délégant les missions d’appui au sol et d’ISR et e transport tactique par la création d’une aviation légère de l’armée de terre (ALAT). Création d’une aéronavale indépendante.

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