Accueil 5 Afrique du Nord 5 Le soldat du futur c’est avant tout dans la tête

Le soldat du futur c’est avant tout dans la tête

Dur d’échapper à la mode du soldat du futur. Robots, exosquelettes, vision panoramique ou déportée, invisibilité, armures intégrales ou armes à énergie tout l’attirail de science-fiction fait depuis quelques années la une des magazines spécialisés et les têtes de gondoles dans les salons militaires.

Et pourtant la démarche de moderniser sa piétaille n’est pas toujours lié à la quantité/qualité d’équipements qui lui seront attribués. Si l’élément matériel est important et peut déterminer la supériorité d’une armée sur une autre, il ne peut en aucun cas déterminer la domination. Où se cache donc l’ingrédient miracle qui fait qu’une armée est moderne ou pas ? Comme pour beaucoup d’autres choses c’est le guerrier qui fera la différence.

Il était une fois l’infanterie

On constate que dans la longue guerre qui oppose l’infanterie aux Djihadstes/séparatistes/insurgés/terroristes (choisir selon le pays ou la situation), c’est ce corps qui a subi le plus de pertes, très peu de marins ou d’aviateurs ont perdu la vie. C’est vers eux que devrait aller l’effort de l’Etat-Major.

Le besoin réel de l’infanterie de combat, ne relève pas de la très haute technologie ou des programmes expérimentaux, comme la furtivité ou les lasers, la technologie nécessaire est abordable et disponible voir facile à produire localement.

L’expérience nous montre que la majorité des pertes au combat dans le cas de l’Algérie dans sa lutte contre l’insurrection djihadiste l’ont été en cherchant l’ennemi. Durant des patrouilles, des embuscades, des ratissages, des accrochages, des tirs de snipers …

Dans ce cas précis il faut donner à l’ensemble des unités engagées la possibilité de détecter l’ennemi sur un rayon de 500m pour les petites sections et un kilomètre pour les regroupements les plus grands. Cela implique la généralisation au niveau des bataillons, régiments et sections, de l’utilisation de drones (à peine quelques centaines de dollars sur le marché) d’équipements de vision nocturne à l’échelle du soldat (là aussi quelques centaines de dollars). Cela implique aussi de réduire la possibilité d’être visible par l’ennemi en adoptant des camouflages sérieux et scientifiquement efficaces et des matériaux qui réduisent la signature thermique et infra-rouge du soldat.

Au niveau du groupe, il faudra aussi être capable de brouiller les communications adverses, détecter les bombes et le rendre inopérables à distance par le brouillage des signaux.

Deuxièmement il est nécessaire d’augmenter considérablement la protection individuelle du soldat qu’il soit à pied ou à bord d’un véhicule. Son équipement individuel doit au moins protéger son tronc des munitions de petit calibre et de l’effet du souffle d’éventuelles explosions. Le véhicule le transportant devra minimiser l’effet des bombes et résister aux munitions de petit et moyen calibre. L’utilisation de véhicules non protégés devra être totalement proscrite.

Un effort devra aussi être fait sur la mobilité du soldat à pied et l’allègement de son paquetage. Il est admis que l’efficacité du soldat au combat chute abruptement lorsque le poids de ce qu’il porte sur son dos et dans ses mains dépasse le tiers de son poids (une trentaine de kilos donc) si l’on augmente son niveau de protection balistique, il faudra automatiquement alléger le reste. Cela passe par une refonte dans ce sens de la tenue qui devra être plus fine, plus résistante au climat avec le moindre poids, idem pour le barda la gamelle et la gourde qui ne devront plus êtres des poids morts et devront avoir un encombrement minimum. L’arme qui représente une grande partie du poids transporté, le poids devra être un des paramètres les plus importants des cahiers des charges pour son acquisition.

Les unités au combat sont généralement plus efficaces sous le feu, leur rendement individuel plus grand lorsque les soldats ont la possibilité de se parler, de sentir la présence de leurs alter-egos et d’avoir une idée précise sur l’endroit où ils se trouvent et où leurs frères d’armes sont.

Cela nécessite la généralisation des systèmes de positionnement satellites (aujourd’hui disponibles sur les terminaux de communications les plus petits) et surtout la construction du bas vers le haut de l’infrastructure de radiocommunication en priorisant la communications au sein de l’unité, puis vers les unités de support (medics, artillerie, aviation …), puis vers les échelons supérieurs de commandement.

Ce type de construction en pyramide inversée rend impossible l’envoi au feu d’unités mal équipées et ne pouvant communiquer ou appeler un appui.

Enfin, une des principales priorités dans la modernisation de la dotation du combattant est l’arme individuelle. En 2017 il est tout à fait impensable d’investir des milliards de dollars dans des frégates qui, en cas de guerre contre une coalition de type OTAN, auront une survavibilité d’au mieux 48 heures et de refuser d’adopter les fusils d’assauts les plus précis, les plus légers et les plus durables au monde dont le prix ne dépasserais pas les 1000 dollars l’unité.

La nature même du combat rapproché, aplatit les différences entre les belligérants, c’est pour cela qu’il est important de faire passer le statut de son armée, lorsqu’elle est engagée en combat rapprochée, de celui de supériorité à celui de domination. La supériorité n’assurant pas de manière optimale la préservation des vies de ses soldats, il est primordial de leur fournir un équipement immanquablement meilleur que celui de l’adversaire.

Avoir un outil permettant de tirer plus loin, avec une meilleure précision, une meilleure puissance de feu et une fiabilité réelle, feront en sorte que le soldat aura la conviction de son écrasante supériorité, avant même d’avoir tiré.

La médecine de guerre cet art nécessaire

Deux autres pierres angulaires dans la modernisation du combattant et de sa doctrine au combat : La médecine de combat et la formation et sur ces deux points précis, c’est une véritable révolution qui est nécessaire.

Discipline mal aimée de l’institution militaire, la médecine de guerre est probablement le domaine dans lequel l’écart entre les armées avancées et le autres est le plus grand. Le traumatisme de la guerre du Vietnam a poussé les Etats-Unis à repenser drastiquement les systèmes de santé de combat. Selon les historiens le ratio : morts au combat contre blessés, a été depuis l’antiquité de l’ordre de 1 pour 3. Il le restera jusqu’à l’après-guerre du Vietnam et évoluera vers 1 morts pour 10 blessés lors de la première guerre du Golfe et jusqu’à 1 pour 70 lors des guerres d’Afghanistan et d’Irak. Quelle politique entreprise par les USA a mené à cette révolution ?

Deux décisions doctrinales majeures, la première, simple, interdiction complète de faire opérer de troupes à plus d’une heure d’évacuation sanitaire vers un bloc opératoire. La seconde est d’enseigner à l’ensemble du personnel militaire américain les techniques, non pas des premiers secours, mais de stabilisation d’un blessé, arrêt d’hémorragies, de réduction de fractures et de réponses aux polytraumatismes, de façon à « livrer » le blessé vivant au bloc opératoire. Evidement cela s’accompagne par la dotation généralisée en équipements de secours modernes (tourniquets, bandages dit israéliens, composants hémostatiques…).

La plupart des armées « classiques » fonctionnent encore sur le schéma suranné du médecin accompagnateur délivrant de l’aspirine ou de la morphine, des infirmiers inexpérimentés et des brancardiers avec parfois, dans le cas de la guerre contre les maquis terroristes, une ambulance garée à la lisière de la foret.

Dans le cas de l’Algérie par exemple, la chose est aggravée par le fait que l’institution militaire a investi des milliards de dollars à construire et équiper des hôpitaux militaires aux standards les plus avancés, alors qu’un bon nombre de blessés ne survivent pas au trajet.

L’excellence par la formation

Le second grand chantier est celui de la formation. Car le plus important n’est pas ce qui est mis sur le soldat mais dans le soldat et pour le coup le challenge à relever est titanesques.

D’abord, et ça peut paraitre évident, un soldat doit s’entrainer physiquement, au maniement de ses équipements principaux et secondaires (donc tir), à la coordination avec les autres membres de son unité et à la coordination avec d’autres. Ce n’est pas toujours la norme dans les armées de la région MENA qui pour la plupart sont dans une logique de formation académique au départ, puis des exercices/parades régulières pour motiver les troupes et en quelques sortes ne pas perdre la main. C’est autant valable pour les armées arabes de type soviétiques comme l’armée algérienne, libyenne, yéménite, irakienne ou syrienne (guerres civiles et conflits anti-insurrectionnels mis à part), ou les armées occidentalisées comme l’armée marocaine ou saoudienne et à moindre mesure les armées Emiraties et Jordaniennes qui ont des systèmes d’entrainement plus évolués.

C’est souvent pire pour les armées de conscription qui n’offrent pas de cadre pédagogique adéquat pour les appelés qui se contentent souvent d’une ou deux séances de tir et de longues sessions de marches au pas.

Là aussi l’on remarquera la construction en pyramide du système d’entrainement et de formation qui doit se conformer à l’agenda de l’Etat-Major (parades, manœuvres, exercices…).

Les guerres aériennes de Corée et du Vietnam ont, là aussi été riches en enseignement. 91% des pertes face à l’ennemi furent lors des 8 premières sorties. Passé cet écueil, le pilote de l’US Navy et de l’US Airforce pouvait espérer survivre grâce à l’expérience du feu qu’il aura acquis.

Ce précieux enseignement a donné lieu à l’idée de confronter les jeunes recrues à ces 8 expériences de mort imminente sans les exposer au danger, il en résultera la création de la United States Navy Fighter Weapons School, plus célèbre sous le nom de Top Gun et des exercices, Green et Red Flag, qui sont le nec plus ultra de la simulation en conditions réelles de combats aériens.

Encore une fois, avec très peu de moyens et des compétences locales, il est possible d’appliquer ces principes pour créer les conditions optimales d’entrainement. La démocratisation des équipements de réalité virtuelle et l’accessibilité du code pour les développeurs sont une véritable piste à suivre pour les armées de la région.

Là aussi il faudra penser le cursus de formation et d’entrainement en partant de la base vers le sommet et donc adapter les besoins de la hiérarchie à la disponibilité opérationnelle des unités et non l’inverse.

Le but final est d’élever le niveau des soldats qui vont au contact, leur apprendre la polyvalence.  Ils devront pouvoir être mécaniciens, urgentistes, ils devront pouvoir transmettre de données et des communications sur de longues distances parfois parler d’autres langues, en chaque soldat il devra y avoir une capacité de faire du renseignement et l’exploiter. Cela sous-entend une plus grande autonomie de décision pour les unités et une chaine hiérarchique des plus courtes.

 

Comments

comments

Laisser une réponse

x

Check Also

L’ENS El Fateh égyptienne livrée à la marine Egyptienne

La cérémonie a eu lieu aujourd’hui dans les chantiers de Naval Group à Lorient en ...

Le Qatar commande 24 Eurofighter Typhoon

Le Qatar a signé aujourd’hui une lettre d’intention pour l’acquisition de 24 chasseurs Eurofighter Typhoon, ...

Le Maroc lancera son premier satellite militaire le 8 novembre prochain

Le lancement du satellite de la gamme Pléiade d’EADS Astrium aura lieu le 8 novembre ...

Aller à la barre d’outils