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L’armée Nord Coréenne fait sa mue

Beaucoup d’experts et d’observateurs ont été surpris cette année par la qualité de la parade militaire organisée pour le 106 éme anniversaire de la naissance de Kim Il Sung, comme étant la Journée du Jutché. Malheureusement, la profusion de nouveautés de tailles, surtout dans le domaine des missiles a empêché beaucoup de noter le caractère particulièrement singulier de cette parade.

Ces vingt dernières années, mis à part l’apparition de missiles tactiques puis balistiques de plus en plus performants, l’image que donnait de l’armée Nord Coréenne les différentes parades était celle d’une armée datant au mieux de l’époque soviétique et au pire de la seconde guerre mondiale.

Cette parade 2017, donne une tout autre image de cette armée qui affiche désormais des ambitions. Premier constat, c’est au niveau de la dotation du soldat que les choses ont évolué, on constate l’adoption de plusieurs unités de casques en Kevlar et de gilets pare-balles. Mieux, on constate l’adoption de jumelles à Intensification Lumineuses et de lunettes de tir thermiques et l’apparition d’une nouvelle arme individuelle OICW comprenant un fusil d’assaut avec une lance grenade en Bullpup. Cette arme ressemble à son équivalent Sud Coréen le Daewoo K11.

Augmentation de la protection, des capacités tous-temps et de la puissance de feu que l’on constate aussi dans l’arme blindée. Le remplacement des missiles anti-chars Konkurs par des Kornet et le doublement des missiles aériens Igla sur les chars T85 en est un signe.

Le défilé de cette année a montré une véritable innovation dans la défense côtière, car c’est la première fois qu’une parade se fait sans l’antique missile P15 et dérivé, qui a été remplacé par un système inconnu, probablement une adaptation sur châssis local du Kh35, ce qui en fait une variante du BAL-E (seul le lanceur a participé au défilé).

Idem pour la défense anti aérienne, exit les sempiternels SA2, ils ont laissé la place aux tout aussi anciens S200 et aux KN 06 Pyongae-5 qui sont l’équivalent Nord Coréen du FT2000 Chinois et qui a une portée de 150 Km.

L’artillerie étant un corps important de l’armée de la DPRK, on a eu l’occasion de voir les principaux lance-roquettes multiples et les obusier, dont le fameux M-1978 Koksan et le M 1992 Chuche’Po. Coté MLRS, on a pu voir le KN 09 de 300 Mm et les M 1977 et 1985 de 122 Mm.

Le gros du spectacle a été monopolisé par les missiles balistiques capables de porter des charges nucléaires et à la différence des années précédentes, les vieux missiles dérivés du Scud C soviétique n’ont pas été de la partie, l’accent ayant été mis sur les missiles à carburant solide à lanceurs mobiles. Un véritable cauchemar pour ceux qui chercheraient à les détecter ou détruire. D’abord, le SLBM Pukguksong 1  qui peut-être lancée par un sous-marin, ensuite le Pukguksong 2, sa version terrestre, qui affiche les mêmes performances, soit une portée de 500 Km. S’en suivent les IRBM (missiles à portée intermédiaire) de type Musudan qui ont une portée de 2500 Km et un missile inconnu ressemblant au KN 08 qui est le principal missile intercontinental Nord Coréen, mais plus court et qui pourrait laisser croire à un ICBM mobile de moindre porté que le KN 08.

Dans la catégorie des ICBM, l’on a vu l’apparition de deux véhicules lanceurs avec des contenneurs semblables aux DF31 chinois ou au Topol M Russe et préfigurant peut-être une nouvelle génération de missiles intercontinentaux mobiles. Il est aussi possible que par manque de véhicules TEL (Transporter Erector Launcher) ce soient  les deux des vecteurs pour le KN 08 qui affiche une portée de 11 500 Km.

Comment comprendre cette parade qui n’a pas dû être improvisée du jour au lendemain? Peut-être comme un coup de bluff afin de donner l’illusion à ses antagonistes que la Corée du Nord est prête à une confrontation, y compris à un scénario comprenant une guerre nucléaire totale avec capacité de riposte.

Certains doutes subsistent quant aux capacités technologiques de la DPRK à maîtriser la technologie du refroidissement au sol et des carburants solides, mais aussi devant le nombre de tests effectués avant l’entrée en service des missiles. Trop d’échecs aux tests, lorsqu’ils ont lieu et surtout des délais de production records laissent planer le doute sur ces réalisations. Ceci et le manque flagrant de moyens financiers et l’isolement technologique imposé par l’occident sur les petit pays de 25 millions d’habitants.

Il reste que l’armée Nord Coréenne semble entamer une mue et se placer dans une perspective plus contemporaine que celle dans laquelle elle s’était enfermé.

 

 

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